Le format RAW

Le format RAW désigne le fichier brut généré par l'appareil photo. Il contient toutes les informations de la scène, restituées exactement telles qu'elles ont été capturées par le capteur. Il s'agit là de la version la plus complète - la plus riche en informations - que l'on puisse avoir d'une photo.
Pour mieux cerner les atouts du RAW, introduisons d'abord un format plus populaire : le JPEG.

JPEG natif, rendu flatteur

Pour permettre un affichage sur les différents supports (Web et impression notamment), la scène photographiée doit se présenter sous une forme graphique, c'est-à-dire composée de pixels. Adopté par l'ensemble des appareils photos, le format d'image JPEG est sans conteste le plus populaire.
Mais pour enregistrer une photo en JPEG, l'appareil applique automatiquement un certain nombre de traitements : ajustement de la balance des blancs, saturation des couleurs, traitement du bruit numérique, etc. Ces traitements visent à créditer la photo finale d'un rendu flatteur, agréable à l'oeil. Sans cela, le rendu brut issu du capteur pourrait sembler bien terne.
C'est précisemment ce rendu brut, moins percutant à l'oeil qui est enregistré dans le fichier RAW. Pourquoi opter pour ce format ?


Schéma de production d'une image numérique classique, depuis la prise de vue
Wikipedia, CC BY-SA

Le RAW, un format pour le post-traitement

Large plage dynamique

L'avantage du format RAW est multiple.
Premièrement, il permet de conserver la pleine page dynamique du capteur. A nouveau, faisons la comparaison avec le JPEG pour bien comprendre. La profondeur des couleurs d'un fichier JPEG s'etablie sur 8 bits, soit 256 nuances de couleurs possibles pour chaque pixel de l'image. Etant donné que les pixels d'une photo traditionnelle sont constitués à partir des trois couches de couleurs primaires rouge, vert, et bleu (on parle de modèle chromatique RVB), un JPEG 8 bits comporte donc 256*256*256 soit plus de 16 millions de couleurs possibles. Autrement dit, plus que ce que nos yeux peuvent discerner, et ce que la plupart des imprimantes ne peuvent restituer. Dès lors, pourquoi s'embarrasser de plus d'informations ?
Parce que le travail photographique ne s'arrête pas à la prise de vue. Toute modification du fichier original entraine une perte d'informations. Le principe est simple ; pour mettre certaines informations en évidence, le fichier doit en perdre d'autres. Par exemple, augmenter la luminosité d'une scène, c'est-à-dire remonter l'histogramme des tonalités, implique à la fois de se débarrasser de certaines données dans les couches les plus claires, et ne plus disposer des informations complètes dans les couches les plus sombres. On comprend ainsi aisément qu'il vaut mieux démarrer avec une quantité d'informations aussi importante que le permet le capteur de l'appareil !
Avec le JPEG, une balance des blancs mal ajustée à la prise de vue ou une sous-exposition, par exemple, est bien souvent irreversible, ou se traduit par une chute drastique de la qualité quand elle est corrigée. En profitant d'une profondeur de 12 à 16 bits, le format RAW dispose de 4096 à 65536 niveaux par couche, à mettre en comparaison avec les 256 niveaux du format JPEG ! De quoi offrir une plus grande dynamique au RAW, qui tolère dès lors un confortable écart de valeurs de l'ordre de 3IL (environ) lors de la correction.

Format Profondeur Niveaux par couche Couleurs possibles par pixel
JPEG 8 bits 2^8 = 256 256^3 = 16.8 millions
RAW 12 bits 2^12 = 4096 4096^3 = 68.7 millions
14 bits 2^14 = 16384 16384^3 = 4.4 milliards
16 bits 2^16 = 65536 65536^3 = 281,475 milliards

Notez que le gain fourni par le passage de 12 à 14 bits est en général peu significatif, car le supplément de finesse d’échantillonnage des tonalités ainsi procuré est pour l’essentiel noyé dans le bruit. Ceci est d'autant plus vrai pour le passage de 14 à 16 bits.

Traitement sur mesure

Avec le format RAW, l'image brute peut ainsi être développée à la guise du photographe. Et il s'agit là d'un avantage de poids. Il lui est dès lors possible de choisir le ou les logiciels de son choix.
Ce choix commence dès le dématricage. Les algorithmes de dématricage sont propres à chaque logiciel et, plus encore, ces logiciels voient leurs algorithmes régulièrement mis à jour et se perfectionner. Chose dont ne peuvent pas bénéficier les fichiers JPEG sortis de l'appareil photo, puisqu'ils sont générés directement à l'aide des algorithmes du boitier-même.

Modifications réversibles

Le format RAW dispose d'un autre avantage : toutes les modifications apportées sont enregistrées comme métadonnées dans un fichier XMP annexe. De ce fait, un historique complet des modifications peut être dressé, et on peut aisément revenir sur des retouches maladroites, celles-ci n'étant pas destructives. A l'inverse, les modifications apportées à un fichier JPEG sont irréversibles; revenir sur une retouche vous fera perdre des informations.

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