Canon 5D, l'accès économique au plein-format

Canon EOS 5D

Petite révolution à son lancement en 2005, le Canon 5D est le premier reflex numérique plein-format vendu à moins de 3000 dollars. C'est également le premier capteur 24x36 de Canon à se loger dans un boitier conventionnel, sans double poignée. Il s'agit là du premier pas initié par Canon vers la démocratisation du format.

Aujourd'hui encore, le boitier reste plus que jamais la porte d'entrée vers le plein-format. Négocié à moins de 500 euros sur le marché de l'occasion, c'est moins que les derniers boitiers APS-C en date. A quelle place peut encore prétendre ce mammouth du numérique, dix ans plus tard, dans un domaine où les modèles se remplacent annuellement ?

Taillé pour le portrait

Précedemment utilisateur du Canon 450D, deux choses m'ont particulièrement marqué lors de l'acquisition du 5D : la qualité du flou d'arrière-plan et la restitution des couleurs.
Pour la première, c'est un argument bien connu des adeptes du plein-format : le bokeh est plus prononcé (plus important, mais aussi simplement plus esthétique, onctueux) et la transition net/flou est plus douce. Pour les portraits, ce dernier avantage est à mon sens au moins aussi important que le bokeh lui-même.

Mais ce qui m'a réellement surpris lors du passage au plein-format, c'est la restitution des couleurs. Plus éclatantes et fidèles. En portrait, les nuances des tons chair restituées sont bluffantes, là où les hautes lumières du visage me paraissaient parfois crues avec le Canon 450D.

Exemple de piqué à f/18
RAW non-retouché - 70mm, f/4, ISO 200, 1/800s

Gestion du bruit

La sensibilité est souvent l'étalon de mesure pour quantifier les progrès des capteurs. Pour autant, en dix ans, l'avancée de la technologie est loin d'être spectaculaire en ce qui concerne la montée en sensibilité. L'excellent site Juza Photo a récemment comparé le poussiéreux Canon 350D, boitier APS-C annoncé en 2005, avec le modèle le plus récent en date, le Canon 70D, sorti en 2013. Il en ressort que si la résolution a plus que doublée, les gains en sensibilité sont de l'ordre d'un cran (one stop).
Ces observations sont confortées par les mesures plus rigoureuses du laboratoire DxO. Ce dernier octroie au Canon 350D une note ISO de 637. Les mesures du 70D indiquent 926 ISO, soit un gain de moins de 50% en dix ans.

Le Canon 5D obtient une confortable note de 1368 ISO. Le plein-format a donc un indiscutable avantage pour gérer la montée en bruit.
Alors, certes, le capteur du Canon 5D ne monte qu'à 1600 ISO (extension possible à 3200), alors que les derniers APS-C se targuent de chiffres impressionants (25600 ISO pour le Canon 70D). Mais marketing mis à part, l'intérêt est discutable. Au delà de 3200 ISO, le problème n'est même pas tant la montée du bruit numérique que la chute de la dynamique du capteur.
Un ami photographe me disait : s'il n'y a pas de lumière, il n'y a pas de photo.

Définition et photosites

Le boitier se dote d'un capteur de 12,8 mégapixels qui, s'il semble modeste aujourd'hui, remplit parfaitement son rôle pour des tirages A3. Combien d'entre nous font des impressions de tailles supérieures ?
La définition modérée, couplée au capteur 24x36, génère des photosites parmi les plus grands tous capteurs numériques confondus : 8,2µm de côté. En comparaison, les photosites du Canon 5D Mark II ont une taille de 6,4µm, ceux du Nikon D800 4,9 µm !
La taille généreuse des photosites permet de fermer le diaphragme a des valeurs très réduites, sans souffrir du phénomène physique de diffraction à l'origine d'une perte de piqué aux petites ouvertes. Un avantage considérable! Dans la plupart de mes photos, je couple le Canon 5D à l'objectif Canon 70-200mm f/4L qui, au delà de ses nombreuses qualités, produit toutefois des bords moyennements nets et un vignettage marqué à pleine ouverture. Deux problèmes qui se corrigent en fermant le diaphragme.

Dans l'exemple ci-dessous (crop 100%), l'objectif est réglé sur f/18. L'image présente un piqué homogène et très élevé, qui ne semble pas avoir été atténué par l'ouverture extrême.

Exemple de piqué à f/18
Crop 100% - RAW retraité - 122mm, f/18, ISO 100, 8s

Un mot sur la construction

Investir dans un boitier professionnel, c'est aussi acquérir un produit plus abouti. Le Canon 5D dispose d'une taille imposante qui permet une excellente prise en main. Il est protégé par une armature en alliage de magnésium qui contribue à son poids conséquent. Poids qui assure un meilleur équilibre des centres de masse boitier-objectif lorsqu'il est couplé à des optiques professionnelles (plus lourdes).
Le généreux viseur adapté au plein-format, bien que ne couvrant que 96% de la scène, est de par sa taille et sa luminosité (pentaprisme oblige) d'un grand confort.
Enfin, le couple roulette-joystick est inégalé en terme d'ergonomie. Son absence sur la gamme inférieure (XXD) est difficile à comprendre!

Ce qui a vieilli

Pour autant, si la qualité d'image reste une référence, certains éléments ne sont plus au niveau ou simplement absents.

  • Le module AutoFocus, bien qu'il ait subsisté presque à l'identique sur le Mark II, n'est pas un foudre de guerre. Précis certes (sur le collimateur central surtout), mais peu réactif, on fait mieux aujourd'hui. En basse-lumière, il est sensible jusqu'à -0.5IL, là ou le Mark III descend à -2IL et le 6D à -3IL (qui équivaut à un clair de lune).
  • la rafale à 3i/s. Si l'AutoFocus ne vous avait pas encore fait comprendre que ce boitier n'est pas fait pour la photo d'action...
  • L'absence d'un système anti-poussière auquel m'avait habitué mon 450D (plus récent) est un réel manque
  • L'absence du LiveView rend la tâche plus compliquée pour parfaire une mise au point "au pixel près" en macro-photographie, ou avec par exemple mon Samyang 14mm et sa mise au point uniquement manuelle.
  • Les JPEG issus du boitier ont pris quelques rides! Les algorithmes actuels sont plus fins. L'utilisation du RAW est vivement conseillée.
  • L'absence d'ISO auto. Bon, pas essentiel, mais parfois ça aide.
  • L'absence de mode vidéo. On le sait. Mais quand même, filmer en 24x36, c'est le pied!
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